L’interview du vainqueur – Lionel Lemonchois : « J’étais sur mon nuage « 

Après les premières explosions de joie, les retrouvailles avec la famille, les amis et les membres du team Gitana, Le discret et modeste Lionel Lemonchois s’est plié de bonne grâce à l’exercice obligé des questions au ponton et de la conférence de presse. Où il revient sur sa course, sur cette traversée en état de grâce, et exprime son bonheur. Extraits.
Après les premières explosions de joie, les retrouvailles avec la famille, les amis et les membres du team Gitana, Le discret et modeste Lionel Lemonchois s’est plié de bonne grâce à l’exercice obligé des questions au ponton et de la conférence de presse. Où il revient sur sa course, sur cette traversée en état de grâce, et exprime son bonheur. Extraits.

Le premier sentiment?
C’est comme dans un rêve. Je suis dans un rêve, je suis dans un rêve… Pendant toute la course, le bateau a été magique. Il a répondu parfaitement à tout ce que je lui demandais, on a formé un tandem formidable. Et je vais finir par croire que je sais faire du bateau!

A peine 255 milles de plus parcourus que la route directe théorique. C’est très peu...
On a eu des conditions exceptionnelles qui permettaient de rester presque en permanence très près de l’orthodromie (la route théorique la plus courte, ndr), des conditions de vent portant qui se prétaient à faire un temps. Mais je n’ai pas pensé au record, juste à la course et à gagner.

Un rythme de folie?
On s’habitue à la vitesse. Quand le bateau naviguait au-dessous de 25 noeuds j’avais l’impression de me traîner… et en même temps Gitana 11 ne m’a jamais stressé. Depuis que je l’ai pris en main pour naviguer sur ce bateau en solitaire, en juin, je me suis senti tout de suite en confiance. Même à 35 noeuds sous pilote automatique, je n’ai eu à aucun moment la sensation que c’était trop ou qu’on se mettait en danger. Honnêtement, je ne me suis fait une petite frayeur qu’une seule fois, dans la bascule derrière le front au début. C’est la seule fois où j’ai tout choqué en grand, mais c’était de ma faute, pas celle du bateau.

Tu dégageais une impression de facilité et de vitesse permanente. C’était bon?
J’ai pris un plaisir incroyable, de la pointe du Grouin à l’arrivée, ce n’était que du bonheur! Et je n’ai jamais eu la sensation de m’épuiser. C’est sûr, je n’ai pas molli, je la voulais celle-là, je la sentais bien. Il fallait tenir la cadence mais j’ai la sensation de ne pas m’être fait extrêmement mal, le film s’est juste déroulé comme dans un rêve. J’étais tout seul sur mon petit bateau, sur mon nuage. Ce qui m’angoissait le plus c’était d’affronter tout ce monde qui me regarde à l’arrivée, mais ça va un peu mieux, vous me faites moins peur maintenant…

A chaque moment stratégique, tu prenais la bonne décision et accélérais encore…
Il y a eu une espèce d’osmose, tout se passait parfaitement bien, je n’ai jamais senti de faiblesse, jamais fait d’erreur de manoeuvres, tout se déroulait parfaitement, c’est incroyable. Je n’avais jamais ressenti ça à ce point-là, sauf peut-être lors du tour du monde sur Orange. Même quand je dormais j’avais l’impression d’être conscient, c’est une sensation assez bizarre. Et mes routeurs Yann Guichard et Sylvain Mondon ont fait un travail formidable, ils étaient la tête et moi les bras. Ensemble, on a réussi à rester toujours sous le vent des autres et au portant, sous le vent, c’est devant.

Envie de dire quelque chose aux détracteurs des multicoques?
Il y en a ici? (rires) Ce sont les bateaux les plus extraordinaires qu’on ait inventé. Et la quasi-totalité de la flotte va arriver dans des temps exceptionnels. Que demander de plus?

Tous tes adversaires, le monde de la voile te rend un hommage appuyé. Tous sont contents que tu gagnes, ça fait quoi?
C’est fort, ça c’est fort… (grosse, grosse émotion, il contient difficilement un sanglot). C’est vraiment fort. Pardon, je suis un peu ému… Je les en remercie.

Bravo Lionel.